Dans son dernier roman, N’Zid, Malika Mokeddem transpose le concept "d’identité francophone" et l’intègre dans une dimension universelle, hybride et transculturelle, dans l’univers méditerranéen. Née aux confins du Sahara algérien, Malika Mokeddem vit à présent dans le sud de la France, près de la Méditerranée. Son imaginaire s’est d’abord nourri du désert, espace de tous les paradoxes et de toutes les démesures. Dans N’Zid, Mokeddem met magistralement en scène la mer, "l’autre désert", "sa plus clémente jumelle" (Méditerranées, 19-20). Pour Mokeddem, la mer renvoie à une représentation pacifiée du Sahara qui autrefois la séquestrait. Face à la Méditerranée, elle peut enfin envisager le désert comme un espace de liberté :
C’est qu’enfin seule et libre face au grand large de la Méditerranée, je prenais lentement conscience que les sables de mon enfance et de mon adolescence étaient aussi un grand large, une invite au voyage dont j’avais été exclue… […] Le ressac de la mer me ramenait au désert. (Méditerranées, pp. 19-20).
Parallèlement, le personnage de Jamil dans N’Zid retrouve l’espace de son désert natal en contemplant la Méditerranée :
Surpris, il le [le désert] redécouvre en elle [la mer], tel qu’il ne l’avait jamais perçu. […] Maintenant, il sait que ces sables sont une traversée dont on a tenté de l’exclure. […] Maintenant la mer est son autre désert (N’Zid, 163).
Quant à Nora [1], la "méduse nomade", l’évocation des sables lui restitue peu à peu la partie amputée de son identité, l’Algérie, le pays de la mère-morte :
Jamil l’a aidée à conquérir sa part manquante, l’Algérie, même si elle n’y a encore jamais mis les pieds. […] Il a rendu l’autre bord de la mer concret, désirable. Un jour, elle pourra peut-être y accoster. Elle l’aborde déjà par la volupté du luth, par la langue flamboyante du désert, espace jumeau de la mer. (N’Zid, 163-4).
Dans la Méditerranée, "grand théâtre" et "chœur antique" (138), se tissent des liens entre passé et présent, entre mythologie et histoire, entre Nord et Sud. Dans l’avant-propos au collectif Méditerranées, Michel Le Bris décrit ce vaste espace comme la "zone de tous les brassages et de toutes les fractures", et aussi comme la "mère des cultures, dans un flamboiement créateur sans équivalent peut-être dans l’histoire, quand s’opposent et s’illuminent Orient et Occident". Ainsi, la topographie de la Méditerranée est liée à une production culturelle multiple et à une ontologie particulière de l’humanité. Il faut aussi noter que "les eaux existaient avant la terre […] [et] symbolisent la somme universelle des virtualités ; elles sont fons et origo, le réservoir de toutes les possibilités d’existence ; elles précèdent toute forme et supportent toute création" (Le Sacré et le Profane, 112). C’est dans cet élément ancestral et hybride que va évoluer, errer et "nomadiser" la protagoniste de N’Zid, Nora, qui, après une perte de conscience, se réveille amnésique sur un voilier en plein cœur de la Méditerranée. Ses seuls repères sont les indications que lui donnent les outils de navigation et le livre de bord. Cependant, son corps retrouve instinctivement la mémoire des gestes navigateurs et elle pilote le voilier avec dextérité. Malgré l’angoisse des premiers moments, une certitude l’apaise : "la Méditerranée n’a pas de secret pour le bateau. Pour elle non plus" (20). Dès l’ouverture du texte, la Méditerranée, complice de Nora, s’établit comme l’espace transculturel par excellence. En consultant la carte, elle sent que certains pays "lui sont plus chers que d’autres" (21) ; de même , "les noms de son agenda forment une mosaïque dont les consonances proviennent des cinq continents" (25). Bien avant de retrouver la mémoire, elle sent d’instinct que la mer "est un immense cœur au rythme duquel bat le sien. […] Elle fait partie d’elle. Patrie matrice. Flux des exils. Sang bleu du globe entre ses terres d’exode" (25). La cartographie de la Méditerranée permet à Nora d’évoluer dans un espace ouvert ad infinitum ; elle gomme ainsi les démarcations entre ses provenances multiples. L’identité "pure" ne peut engendrer que négation et décadence. Il n’y a "de vrai que dans le mélange" comme le déclare Sultana, autre héroïne de Mokeddem (L’Interdite, 135). L’appartenance identitaire de Nora se conçoit à l’échelle de la Méditerranée ainsi que le révèle le registre onomastique. Dans le rouf, elle trouve un faux passeport au nom de Myriam Dors : Myriam, prénom d’origine hébraïque, pourrait, comme le remarque Dora, appartenir à l’une ou l’autre rive et la relier à tant de pays (16). Zana, sa grand-mère d’adoption, la gratifie durant son enfance du surnom de Ghoula, qui signifie "ogresse" en arabe. Nora, avant de retrouver la mémoire, s’invente un nom grec, Eva Poulos et aussi une appartenance libanaise. Elle déclare avec gouaille :
Je suis Eva…. Eva Poulos. Eva Poulos ! Mes parents étaient grecs… étaient ? Père copte, mère juive. Je suis née à Paris. Une Franco-gréco-judéo-chrétiéno-arabo-athée pur jus. Eva Poulos. (64)
Son véritable nom de famille irlandais "Carson" forme avec Nora un patronyme hybride : Nour, "la lumière", est l’équivalent arabe de Nora. Tous ces prénoms évoquent des femmes "réfractaires" [2] qui, d’une manière ou d’une autre, ont transgressé les limites : Myriam, celle qui élève en hébreu ; Eve, celle qui donne la vie et "grande pécheresse" selon la Bible ; Nora, forme d’Eléonore, qui, en grec, signifie "éclat du soleil" et en arabe "lumière". Nora est également le prénom de la femme de James Joyce, autre femme d’envergure, et originaire de Galway comme le père de la protagoniste de Mokeddem (111). Si Samuel Carson n’a jamais lu James Joyce, Nora déclare que son père était cependant comme l’écrivain "furieusement, douloureusement Irlandais" (111). L’exil de Nora Carson, la protagoniste, renvoie indubitablement à celui de Nora Joyce. Les paroles d’ Hélène Cixous dans son étude, L’Exil de James Joyce, le laissent supposer :
Les Joyce vont faire de l’exil une citoyenneté imaginaire… c’est ainsi que se fait le passage d’une conscience [irlandaise] malheureuse à une conscience universelle… L’exil n’est plus vécu seulement comme une séparation par rapport à un monde qui ne le tolère pas et qui lui est intolérable, mais devient avec les années un exil absolu qui se souvient de ses origines mais en est détaché. (505)
Nora et la Méditerranée portent le sceau de la diversité : métissage qui engendre liens et ruptures, ivresses et meurtrissures. Malika Mokeddem dans N’Zid intensifie sa revendication de la différence en attribuant au père de Nora une appartenance celtique. Ce n’est pas un hasard si Samuel Carson vient de Galway, la partie la plus occidentale de l’Occident ! Dans ce brassage universel, celtique et méditerranéen, Mokeddem montre ainsi que l’univers est à sa portée [3]. La Méditerranée, représente pour la protagoniste Nora (et pour Mokeddem) [4] un espace nomade qui lui permet de cultiver sa "déterritorialisation" (Mille Plateaux) :
Nora n’a pas de terre. Elle n’en souffre pas. Bien au contraire... L’attachement à une patrie ne symbolise pour elle qu’un état de souffrance : celui de son père [l’Irlande], celui de Zana , celui qui l’a privée d’une mère [l’Algérie]. (173)
A ses trois "racines", L’Algérie, la France [terre d’adoption] et l’Irlande, Nora préfère la "marge" symbolisée par la Méditerranée. Ainsi, la mer, immensité sans frontières et sans limites, devient le lieu de la "départenance" contrairement à la terre où "le manque de passé écrase tout. Sous la chape de l’angoisse, les maisons, les gens se métamorphosent en autant de mises à l’index, de mises en demeure d’identité" (N’Zid, 65). Pour Nora qui déclare "[avoir] le mal de terre" (41), la France, l’Algérie et l’Irlande sont des "ancrages", symboles de la sédentarité tandis que la mer, en mouvement perpétuel, est son nomadisme : "[Nora] est de nulle part et de la mer" (161). On pense alors immanquablement à la distinction qu’établissent Deleuze et Guattari entre la racine et le rhizome : les trois pays symboliseraient la racine et la sédentarité tandis que la Méditerrannée serait le rhizome qui ’[…] ne commence et n’aboutit pas, [qui] est toujours au milieu, entre les choses, inter-être, intermezzo. […] le rhizome est alliance, uniquement d’alliance" (Mille Plateaux, 36). La mer (comme le désert), aux mille directions possibles, n’a ni début ni fin ; on comprend alors comment elle devient le lieu de l’errance par excellence, l’espace dans lequel Nora peut "devenir" une autre femme, conjuguer toutes ses identités et les assumer parfaitement. Deleuze et Guattari précisent :
"[Le rhizome] n’est pas fait d’unités, mais de dimensions, ou plutôt de directions mouvantes. Il n’a pas de commencement ni de fin, mais toujours un milieu, par lequel il pousse et déborde" (Mille Plateaux 31).
Proust disait "Chaque écrivain est obligé de se faire sa langue comme, comme chaque violoniste est obligé de se faire son "son"" (Correspondance avec Madame Strauss,110) : dans N’Zid, Malika Mokeddem invente le discours de la mer. Sur son bateau, Nora ne se sent jamais aliénée ou "étrangère" car l’exil n’est présent que dans "[le] regard qui dit : "Tu n’es pas d’iciî, qui renvoie toujours vers un ailleurs supposé être le nôtre, unique surtout" (192). Si Nora décline une appartenance dominante, il en est de même pour toutes "ces langues qui l’assiègent" [5]. L’arabe et l’anglais bouleversent Nora dans son corps ; le français est sa langue d’adoption, la langue "intermezzo", celle que "fracassaient" son père et sa mère (111). Nora, rebelle et solitaire, aime le silence ; un silence ponctué par le discours géographique de la Méditerranée. Nora vit mieux son "exil" dans la peinture que dans les mots :
Dès l’enfance, le dessin a été ma façon de ne choisir aucune de mes langues… Ou peut-être de les fondre toutes hors des mots dans les palpitations des couleurs, dans les torsions du trait pour échapper à leur écartèlement. (113)
Nora parle "la langue éperdue de la mer" (177), la langue des marins, des exilés et des écartelés. On sait l’importance des écumeurs de mer depuis la plus haute Antiquité jusqu’à nos jours : d’Ulysse au capitaine Achab de Moby Dick, de l’Egyptien Sinouhé à l’Hébreu Jonas, de Barberousse, le corsaire turc à l’Irlandaise Ann Bonny, devenue pirate par vocation, sans parler des "corsaires" contemporains, feu le capitaine Cousteau et Eric Tabarli. Tous partagent l’amour de la mer et de l’aventure mais aussi un sens commun de la démocratie contre les aristocraties de la terre [6]. Marginalisé lui aussi, le père de Nora avait quitté son Irlande natale, seul sur son bateau, pour rejoindre les rives méditerranéennes et avait ainsi vécu sa propre Odyssée. Pendant tout son voyage, Samuel avait été accompagné de la même baleine : "Elle te suivait pour te soutenir. Elle te serait venue en aide en cas de besoin", dit sa fille (149, 147). Apercevant une baleine à son tour, Nora sent surgir au fond d’elle "un sentiment archaïque" (147) qui lui remet en mémoire le périple du père sur les eaux ; ce loup des mers, "tailleur de pierres et de courants" qui lui avait donné la mer entre deux langues (149). Fille d’Ulysse, Nora perpétue la tradition du voyage. Ainsi, Malika Mokeddem, comme James Joyce, réinscrit le mythe ancestral dans un contexte actuel. Pendant tout le roman, Nora dessine : elle assigne à cet acte artistique la tâche de convoquer le passé. Au début du récit, Nora sent que sa mémoire est représentée à l’image de la mer : encouragée par une voix qui scande Zid ! Zid ! Zid ! Continue ! Continue ! Continue !", elle dessine la mer et "les incandescences du couchant" (31). La mer-femme avec "ses chevelures d’algues [et] ses sexes d’anémone" (34) lui restitue "le meilleur d’elle-même" (32). La "nomade des eaux" porte sur la Méditerranée un regard de poète et de peintre : elle capte ses lumières, ses tonalités et ses miroitements. La mer et le fusain contribuent ainsi à rassembler peu à peu et diligemment les fragments composites de la mémoire égarée de Nora. Il n’est donc pas surprenant que Nora ait choisi le pinceau pour "parler" de la mer. La vision deleuzienne du désert se conçoit également pour son espace "jumeau", la mer :
Du gris au rouge, il y a l’apparaître et le disparaître du monde dans le désert, toutes les aventures du visible et de sa perception. L’idée dans l’espace est la vision, qui va du transparent pur invisible au feu pourpre où toute vue brûle. (Critique et Clinique, 145)
Le choix de l’Irlande comme pays paternel n’est pas fortuit de la part de Mokeddem. Comme l’Algérie, l’Irlande est/était une terre opprimée et tourmentée par des années de conflits socio-politiques et religieux : Nord contre Sud ; Catholiques contre Protestants ; résistance à l’oppression anglaise. La terrible famine de 1845 provoque une vaste émigration vers les Etats-Unis. Pour la génération de Samuel, comme pour les jeunes Algériens de la guerre d’indépendance, la déterritorialisation devient incontournable ; la même problématique d’une domination extérieure déchire/a déchiré le pays. Contrairement à ses ancêtres, Samuel, aliéné parmi les siens "où l’identité est devenue une camisole" (162) entreprend un voyage vers le sud. Dans les années 80, la biographe de Nora Joyce, Brenda Maddox, décrit ansi l’Irlande :
Ireland, although there are now some who live there happily while defying its conventions, is still a priest-ridden land : no divorce, little secular education, almost no escape from prying eyes and gossip" (10).
On comprend pourquoi Samuel Carson décide de se reterritorialiser en France, pays de l’espoir et du possible. Dans la perspective de Fernando Ortiz, une transculturation, contrairement à une acculturation, n’est pas une déperdition mais une acquisition. Samuel transmet ainsi à sa fille l’esprit de la transgression, le refus du statu quo et de l’ancrage. La mer, espace de l’asile, va seconder Nora dans sa construction du "moi", dans son "devenir" "[…] toujours inachevé, toujours en train de se faire, et qui déborde toute matière vivable ou vécue" (Critique et Clinique, 11). La Méditerranée est un espace propice à la récupération d’un passé et d’une identité métissés. Dans les immensités de la Méditerranée, Nora, "la nomade des eaux", meurt et (re)naît comme l’indique le titre du roman - symboliquement en perdant la mémoire. La mer permet la fuite, dans le sens deleuzien du terme car elle est la "meilleure protection" de la protagoniste (157). La Méditerranée et le bateau, "gîtes de rêverie", "maisons oniriques" [7] aident Nora à retrouver la mémoire et c’est précisément au niveau du songe et non de la réalité "que l’enfance reste en nous vivante et poétiquement utile" (Poétique de l’espace, 33). Dans son corps à corps avec la Méditerranée, Nora expérimente l’immensité et l’intensité de son moi et d’une mémoire de l’oubli. Le spectacle de l’immensité de la mer contribue à "déplier une grandeur intime" (Poétique de l’espace, 175). Le mouvement de l’eau et du bateau participe à cette phénoménologie de l’errance et du nomadisme. Paradoxalement, l’aliénation enrichit tout être car "étant marginalisé vous aurez la possibilité de vous embarquer dans des quêtes nomades qui vous amèneront à plus de connaissance et de pouvoir" (Representations of the Intellectual, 62). En effet, la narratrice dans N’Zid déclare : "Tous les nomades connaissent cette ivresse, tendue entre joie et douleur, entre deux aspirations divergentes : la disparition et la renaissance." (188). L’errance sur les mers, la solitude qui l’accompagne permet de rompre avec le "clan", avec le carcan du conformisme et du "nationalisme". Samuel ressentait son identité irlandaise comme une camisole et en vrai nomade, l’exil lui était devenu essentiel : "Pour un nomade, c’est ça l’exil, les siens devenus hermétiques, les proches, étrangers…" (162). Ainsi, "La mer est douce pour les épaves" (22). Récit fluide et cyclique, N’Zid aboutit à une autre échappée : Nora choisit d’accomplir à rebours l’odyssée du père. mais il n’existe pas d’Ithaque pour cette Ulysse moderne qui a "le mal de terre" dès qu’elle la rejoint. Ayant appris l’assassinat en Algérie de son ami, Jamil, elle déclare : "Je me rendrai [en Algérie] lorsque le silence sera revenu là […] les tombes peuvent attendre" (p. 213). Mokeddem a souvent déclaré qu’elle ne voulait plus écrire la douleur de l’Algérie car, dit-elle :
J’ai décidé [après la publication de L’Interdite] de ne plus écrire sous le coup de la colère car au bout d’un moment, ça épuise, et puis d’autre part, on se dit ’ils tuent les gens mais moi, il faut que j’écrive, il ne faut pas qu’ils polluent mon écriture’. Je [veux] garder l’écriture comme un espace de liberté et me le réapproprier comme je l’[entends] moi". (Helm, 50)
De même, Nora désire faire de la Méditerranée, son tiers espace, son espace de liberté et de nomadisme. Mokeddem dépasse le témoignage dans N’Zid et invente une autre manière de dire l’Algérie, en l’incluant dans un discours transnational et transculturel. En transgressant l’espace du désert pour intérioriser un autre espace, la mer, Mokeddem par cette nouvelle cosmicité, ajoute une autre dimension à son métissage et à son écriture. L’espace de la Méditerranée ne contredit pas celui du désert mais, au contraire, l’enrichit. Mokeddem situe sa protagoniste, Nora, dans un "ailleurs absolu" car, que ce soit dans le désert ou dans la mer, aucun compromis ne peut se négocier : on survit ou on meurt. Au dénouement, on acquiert la certitude que dans cette autre odyssée vers le pays du père (le premier dont elle avait reconstitué le visage), le dessin et la mer vont continuer de la laver, de la guérir et de la réinventer. Nora quitte les eaux méditerranéennes pour se diriger vers l’océan Atlantique et ensuite vers Galway, voyage qui prend une dimension symbolique et universelle. Historiquement, c’est l’étroite ouverture sur l’Océan , le détroit de Gibraltar, qui sauve la Méditerranée ; sans cette issue, elle deviendrait une masse stagnante d’où toute vie disparaîtrait. En traversant ce passage, Nora brise symboliquement non seulement les frontières entre la rive sud et nord de la Méditerranée mais aussi toutes les divisions entre le Nord et le Sud. Là, au milieu des eaux, se jouent les rencontres symboliques qui s’alimentent pour former un tiers métissé, un espace hybride de force et d’intégration, un univers où tout est encore possible. Mokeddem suggère ainsi qu’elle refuse d’ "appartenir" à une "terre" unique et rejoint ce que Kebir M. Ammi dit de l’écrivain "maghrébin" :
Aucune frontière ne trouve grâce à ses yeux […] C’est un écrivain qui refuse l’enfermement de toutes sortes. C’est un écrivain qui déconstruit patiemment les limites géographiques […] pour reconstruire un espace plus grand […]. (Expressions Maghrébines (94)
Avec N’Zid, Mokeddem "reconstruit" la Méditerranée, lieu d’échanges entre différents pays : échanges de marchandises, d’idées, de population mais aussi de coups. Comme le propose Amin Maalouf, il "faut construire patiemment la Méditerranée, il faut, face aux mythes de division, innombrables et encore dominants, partout, bâtir patiemment des mythes différents […] retrouver dans le passé les symboles, hommes, idées, lieux, actes, époques qui rassemblent" (92). Malika Mokeddem participe diligemment à cette construction collective.
Bibliographie
Ammi, Kebir. "Ecrivain maghrébin, dites-vous ?". Expressions Maghrébines, Vol. 1, No 1, été 2002 : 93-97.
Bachelard, Gaston. Poétique de l’espace. Paris : Presses Universitaires de France, 1970.
Cixous, Hélène. L’Exil de James Joyce. Paris : Grasset, 1968.
Deleuze, Gilles & Felix Guattari. Mille Plateaux. Les Editions de Minuit, 1980.
N/A, Critique et Clinique. Les Editions de Minuit, 1993.
Eliade, Mircea. Le Sacré et le Profane. Paris : Gallimard, 1965.
Historia. Dossier "Pirates et Corsaires". Numéro 667, juillet 2002. Paris : Editions Tallandier : 48-69.
Le Bris, Michel & Jean-Claude Izzo, ed. Méditerranées. Librio, 1998.
Maddox, Brenda. Nora : A Biography of Nora Joyce. London : Hamish Hamilton, 1988.
Mokeddem, Malika. L’Interdite. Grasset, 1993.
N/A, N’Zid. Seuil, 2001.
Proust, Marcel. Correspondance avec Madame Strauss. Paris : Union Générale d’Editions, 1994.
Writing. Manchester & New York : Manchester University Press, 1996.
Said, Edward. Representations of the Intellectual : the 1993 Reith lecture. New York : Pantheon Books, 1994.